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COURS 9 - LE RAISONNEMENT DÉMONSTRATIF

4 générations
Résumé

UE 402 - PSYCHOLOGIE COGNITIVE

CHAPITRE 4 – LE RAISONNEMENT

COURS 9 - LE RAISONNEMENT DÉMONSTRATIF

Christophe CAUCHI

I. Partie théorique sur le raisonnement

1. DÉFINIR LE RAISONNEMENT

Le raisonnement est la fonction cognitive qui construit ou évalue des arguments basés sur des prémisses tenues pour vraies, afin de dériver une conclusion. Il produit ou évalue de nouvelles connaissances à partir du savoir existant.

2. LA LOGIQUE FORMELLE

La logique formelle suit des principes stricts : non-contradiction (une proposition ne peut être Vraie et Fausse), tiers exclu (Vraie ou Fausse), et clôture des prémisses (seules les informations données comptent).

3. PRÉCISIONS TERMINOLOGIQUES ET CONVENTIONS

La proposition est l'unité de base (argument + prédicat). Une proposition simple contient arguments et prédicat, une complexe les réunit via un connecteur (ex: conjonction). Toute proposition possède une valeur de vérité (Vrai/Faux) basée sur l'état du monde ou les connaissances de l'individu. Les propositions de départ sont les prémisses ; la déduction est la conclusion. La validité concerne le lien logique entre prémisses et conclusion.

4. UN EXEMPLE CÉLÈBRE

Un argument tel que "p&q; p: q" (Si "Le chien aboie et la caravane passe" est vrai, et "Le chien aboie" est vrai, alors "La caravane passe" est vrai) repose sur des schémas de déduction valides.

5. LE SYLLOGISME – STRUCTURE DE BASE DU RAISONNEMENT

Ancien raisonnement déductif (Aristote), il déduit une conclusion de deux prémisses : une majeure (souvent complexe) et une mineure (souvent simple). Exemple : Tous les humains sont mortels ; Socrate est humain ; donc Socrate est mortel. Un syllogisme est valide si la conclusion découle nécessairement des prémisses ; il est fallacieux sinon. La validité formelle diffère de la vérité factuelle des prémisses.

6. PLUSIEURS TYPES DE SYLLOGISMES

On distingue les syllogismes catégoriques (usant de quantificateurs comme "tous") et les syllogismes propositionnels (utilisant des connecteurs logiques : &, v, ⇒).

7. LES SYLLOGISMES PROPOSITIONNELS

Seuls deux schémas sont logiquement valides : le modus ponens (Si p alors q ; p donc q) et le modus tollens (Si p alors q ; non q donc non p). D'autres formes sont fallacieuses, comme l'affirmation du conséquent ou la négation de l'antécédent.

8. LE RAISONNEMENT CONDITIONNEL

Dans une implication pqp \Rightarrow q, pp est l'antécédent et qq le conséquent. L'interprétation erronée de l'implication comme équivalence conduit souvent à des raisonnements fallacieux.

9. FORMES ET SCHÉMAS

1. Modus ponens (affirmation de l'antécédent) : Si p ⇒ q ; or p ; donc q (valide). 2. Modus tollens (négation du conséquent) : Si p ⇒ q ; or non q ; donc non p (valide). 3. Affirmation du conséquent (fallacieux) : Si p ⇒ q ; or q ; donc p ? (non garanti). 4. Négation de l'antécédent (fallacieux) : Si p ⇒ q ; or non p ; donc non q ? (non garanti).

10. DIFFICULTÉS COGNITIVES LIÉES AUX CONDITIONNELS

Rips et Marcus (1977) notent que si le modus ponens est bien maîtrisé, la performance chute pour le modus tollens, surtout avec des formulations négatives ou abstraites. Le raisonnement humain incorpore le contenu, la signification et les connaissances préalables, ce qui diffère de la logique formelle (ex: l'équivalence de "Si tu me donnes ta bourse, je te laisse la vie sauve" et "Tu ne me donnes pas ta bourse, ou je te laisse la vie sauve").

Même si le contenu est clair, certaines caractéristiques logiques posent problème :

  • Formulation négative : Le modus tollens valide est souvent mal traité cognitivement.
  • Bivalence : La logique exige Vrai/Faux, mais le quotidien utilise des degrés de certitude, probabilités ou situations ambiguës, rendant la logique formelle moins intuitive.

11. MÉTHODES EXPÉRIMENTALES POUR ÉTUDIER LE RAISONNEMENT

Quatre tâches sont utilisées :

  1. Évaluation de conclusion : Le sujet juge si une conclusion est certainement vraie, fausse, ou incertaine, données les prémisses.
  2. Production de conclusion : Le sujet doit énoncer la conclusion déduite des prémisses.
  3. Sélection de conclusion : Le sujet choisit les conclusions compatibles parmi une liste.
  4. Évaluation de table de vérité : Tester quelles combinaisons de vérité simples sont compatibles avec une règle donnée.

5. LA TÂCHE DE WASON

Wason (1960) utilise une variation de la table de vérité avec quatre cartes (A, D, 4, 7) et une règle conditionnelle : "Si carte a voyelle (p), alors chiffre pair (q)". Il faut sélectionner les cartes permettant de vérifier (falsifier) la règle. La réponse logiquement correcte nécessite de tester : A (p, pour modus ponens) et 7 (non q, pour modus tollens). Les cartes D (non p) et 4 (q) sont non informatives car elles représentent des erreurs (négation de l'antécédent et affirmation du conséquent). La tâche exige une évaluation conditionnelle négative, mobilisant le moins spontané modus tollens.

6. RÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX DE LA TÂCHE DE WASON

Moins de 10% des sujets trouvent la réponse correcte (A et 7). Réponses fréquentes : A seule (50-60%) ou A et 4 (30-40%). Ceci révèle un puissant biais de confirmation : les sujets cherchent à confirmer la règle plutôt qu'à la falsifier. La stratégie rigoureuse consiste à chercher des contre-exemples, conformément au principe de réfutabilité poppérien.

14. CONCLUSION : HYPOTHÈSE DU RÉALISME

L'hypothèse du réalisme stipule que les gens raisonnent mieux dans des contextes concrets et familiers. Wason & Shapiro (1971) montrent de meilleures performances avec des règles concrètes (ex: voyage à Manchester) ou des situations familières comme les règles d'affranchissement d'enveloppes (Wason & Johnson-Laird, 1972). Le contenu active la mémoire et réduit la charge cognitive, prouvant que la logique humaine n'est pas indépendante du sens.