Summry
Bibliothèque de cours

Psychologie sociale, du travail, des organisations et ergonomie

4 générations
Résumé

Psychologie sociale, du travail, des organisations et ergonomie (PSTO)

Yasmina Kebir, MCF Psychologie du travail et Ergonomie. L2 Psychologie CM UE402.

Introduction et définitions

La question « Qui travaille ? » soulève la nécessité de définir les termes Psychologie (science des comportements et processus mentaux) et Travail (notion complexe, historiquement et culturellement variable). En moyenne, 60% de notre vie éveillée est consacrée au travail, rappelant l'espérance de vie moyenne (F: 85,3 ans ; H: 79,2 ans) face à l'âge légal de la retraite (62-64 ans) et l'âge du premier emploi stable (22 ans).

En Occident, le travail est une valeur centrale, souvent opposée aux loisirs, bien que la plupart des souffrances exprimées (stress, burnout, harcèlement) y soient liées.

Définitions du mot « Travail »

Le sens commun décrit le travail par l'action ("je répare des ordinateurs"), son utilité, ou son statut ("je suis fonctionnaire"). Des définitions propres existent selon l’économiste, le psychologue ou le juriste.

Une définition consensuelle voit le travail comme : "Effort individuel ou collectif physique ou intellectuel conscient, délibéré professionnel ou non, dont le but est la concrétisation d'un projet, d'une idée ou d'un produit, et dont la rétribution peut être morale ou matérielle".

La littérature scientifique (Dujarier, 2019) distingue trois sens :

  1. Travail comme action/ressource de transformation : activité impliquant un effort pour produire ou créer (ex: travail du bœuf, de la terre).
  2. Travail comme produit : depuis le XIVe siècle, le résultat de l'action (ouvrage, produit fini, service, production intellectuelle).
  3. Travail comme emploi : sens économique et juridique apparu fin XVIIIe siècle, formalisé en France en 1910. C'est la confusion fréquente entre travail et emploi ("il n'y a pas d'emplois" au lieu de "il n'y a pas de travail"). L'emploi salarié présente deux faces : marchandise (pour l'employeur) et travail-action (concret, pour l'exécutant).

D'autres définitions (Goguelin, 1998 ; Louche, 2001 ; Karnas, 2002) confirment que le travail n'exige pas nécessairement une rémunération ou un salariat.

Jahoda (1982) identifie les fonctions latentes du travail : structuration temporelle, contacts sociaux et insertion collective, définition du statut/identité sociale, et source d'activité.

Travail VS emploi

Selon Fouquet (1999), le Travail est le contenu (activité produisant des biens/services utiles), tandis que l'Emploi est le contenant (situation liant un travailleur à une organisation pour revenus et garanties sociales). On peut travailler sans emploi (domestique, bénévole). L'emploi est une place, un statut, une rémunération, alors que le travail est une raison d'agir, des compétences et un résultat visé.

L'activité

L'activité (au sens large) est finalisée et contextualisée, engageant et transformant l'acteur. Dans l'analyse de l'activité, on distingue :

  • Le travail prescrit : consignes officielles (fiche de travail).
  • Le travail réel : l'activité effective nécessitant souvent de dépasser le prescrit pour gérer les aléas.

Le domaine de la psychologie sociale, du travail et des organisations (PSTO)

La PSTO étudie les conduites humaines de production de biens/services dans un cadre organisationnel. Elle analyse les éléments observables des activités ainsi que les processus internes (cognitifs, affectifs). C'est une psychologie appliquée au contexte professionnel.

Son objet est vaste (individus, structure organisationnelle, culture, relations interpersonnelles, santé psychologique, accidents, dynamique du changement).

Prescrit VS réel

Théoriser l'écart prescrit - réel (Daniellou, 1996) confronte les conditions et résultats anticipés au travail prescrit, aux conditions réelles et résultats effectifs du travail réel. La marge de manœuvre du travailleur se construit dans cet écart, démontrant qu'il n'est pas qu'un simple exécutant.

Lien entre psychologie du travail et autres branches

La PSTO emprunte à plusieurs domaines :

  1. Psychologie physiologique : Étude corps/esprit, activité cérébrale, stress professionnel.
  2. Psychologie cognitive : Mécanismes mentaux (mémoire, attention, prise de décision), impact de la fatigue.
  3. Psychologie du développement : Apprentissages adultes, développement des compétences (ex. compréhension des consignes).
  4. Psychologie sociale : Influence interindividuelle (majoritaire/minoritaire), fonctionnement collaboratif/collectif (équipe).
  5. Psychologie différentielle : Caractéristiques individuelles (personnalité, humeur) et impact des différences interindividuelles.

Le Métier de psychologue du travail et des organisations

Le psychologue PSTO intervient à multiples niveaux d'analyse. Ses opérations professionnelles incluent :

  • Mener des recrutements utilisant les méthodes disciplinaires.
  • Adapter le travail aux capacités humaines et améliorer le contexte physique.
  • Intervenir sur l'organisation du travail et redéfinir les tâches.
  • Accompagner l'insertion professionnelle, le développement de carrière, et réaliser des bilans de compétences.
  • Concevoir des dispositifs d'évaluation (entretien annuel, référentiels de compétences).
  • Établir des diagnostics organisationnels (motivation, climat, groupes) pour favoriser le changement.
  • Animer des formations relationnelles (écoute, travail de groupe) et gérer l'ingénierie de formation.
  • Traiter des relations professionnelles et réaliser des enquêtes internes/externes (climat social, clients), incluant les méthodes statistiques.
  • Intervenir sur la santé (stress), les comportements antisociaux (harcèlement) et les risques (accidents).

Domaines d'application de la psychologie du travail

Les champs majeurs sont :

  • Le Recrutement : Incluant l'évaluation, l'analyse du travail, les tests, et la socialisation organisationnelle.
  • Le Développement de carrière : Bilan de compétence, formation (psychosociale, y compris 360°), et travail/vieillissement.
  • La Relation à l'organisation : Implication, motivation, bien-être, satisfaction, civisme organisationnel.
  • Les Relations interpersonnelles : Groupes/équipes, relations hiérarchiques, conflits intergroupes, émotions et comportements antisociaux au travail.

Le Recrutement : L'évaluation

L'évaluation en recrutement cible les variables psychologiques (aptitudes, personnalité, intérêts). Le processus classique comporte 10 étapes, de l'apparition du besoin à l'intégration.

Certaines phases (sélection de dossiers, entretiens) sont critiques car elles favorisent la discrimination via des mécanismes de jugement rapides :

  • Première impression : Opinion rapide basée sur l'apparence/attitude initiale.
  • Effet Halo : Un trait positif (ex: diplôme) influence l'évaluation globale sans preuve.
  • Biais de confirmation d'hypothèse : Recherche d'informations confirmant une idée préconçue.
  • Erreur fondamentale d'attribution : Explication du comportement par la personnalité plutôt que le contexte (ex: stress).
  • Influence majoritaire et conformisme : Adopter l'avis du groupe.

L'analyse du travail

Elle collecte des informations sur les activités, le contexte et les qualités requises. Méthodes :

  • Observation simple : Familiarisation sans grille.
  • Observation armée : Utilisation d'une grille ou d'enregistrements.
  • Entretien/Questionnaire : Collecte d'informations sur le poste et les qualités.
  • Méthode des incidents critiques (Flanagan, 1954) : Analyse de comportements efficaces/inefficaces concrets.
  • Étude des traces : Analyse des résultats (défauts, rebuts) pour éclairer les performances.
  • Verbalisations : Explicitation par le salarié de sa logique de travail.
  • Techniques standardisées : Ex: PAQ (Position Analysis Questionnaire) pour description objective du poste.

Les tests et dimensions évaluées

Un test psychotechnique (Pichot, 1967) est une situation expérimentale standardisée mesurant un comportement comparé statistiquement à celui d'autres individus pour un classement. L'analyse du travail définit les dimensions à tester :

  • Aptitudes mentales générales (AMG) : Intelligence générale ("g" de Spearman). Ex: Matrices de Raven, tests de domino.
  • Aptitudes sensori-motrices : Essentielles pour certains postes (chauffeurs). Niveau sensoriel (acuité visuelle/auditive) et moteur (vitesse psychomotrice, dextérité manuelle, coordination).
  • Personnalité : Caractéristique stable de réaction aux situations (Bernaud, 1998). Évaluée via questionnaires (Neo-Pi, 16 PF).
  • Intérêts : Préférences stables pour certains domaines, surtout utilisés en orientation/bilan de compétences plutôt qu'en recrutement.

Autres méthodes d'évaluation : L'Entretien

L'entretien accompagne souvent les tests. Ses objectifs : connaissance mutuelle, échange d'informations. Trois formes existent :

  1. Directif : Recueil de données factuelles (assimilé à un questionnaire).
  2. Non directif : Recueil de données subjectives (opinions), rôle d'accompagnement du psychologue.
  3. Semi-directif : Le plus courant en recrutement, combinant thèmes précis et phases non directives.

La socialisation organisationnelle

C'est l'adaptation du nouvel individu aux règles, valeurs, collègues et tâches de l'organisation (Fischer, 1986), menant à l'identité professionnelle et à l'intégration collective. Wanou décrit quatre étapes : confrontation/acceptation de la réalité, clarification du rôle, positionnement organisationnel et insertion finale validée.

Le développement de carrière

Le bilan de compétence

Pratique encadrée (loi décembre 1991) soutenant la mobilité/reconversion. Il permet au salarié d'analyser ses compétences/potentialités pour un projet pro/formation. Durée typique : 24h sur trois mois, divisé en :

  1. Phase préliminaire : Contractualisation et information.
  2. Phase d'investigation : Exploration des intérêts, aptitudes et compétences (tests, entretiens).
  3. Phase de conclusion : Synthèse orale/écrite reliant résultats et projet.

La formation

Domaine clé pour le psychologue du travail. La loi de mai 2004 vise l'insertion/réinsertion, le maintien dans l'emploi par adaptation technique, le développement des compétences et la promotion sociale. Meignant (2003) distingue trois objectifs :

  1. Consolider l'existant : Apprentissages complémentaires liés au travail actuel ou à ses modifications.
  2. Préparer l'avenir : Maîtrise des nouveaux matériels/techniques.
  3. Accompagner les mouvements : Soutien à la mobilité ou promotion professionnelle.

La formation psychosociale

Application de la psychologie sociale visant l'amélioration des relations interpersonnelles et du fonctionnement de groupe, sans enseignement didactique mais par expérience de groupe. Elle vise la prise de conscience des attitudes profondes par le volontariat, le déconditionnement social (prise de distance avec le contexte habituel) et le maintien d'une distance analytique chez l'animateur.

La formation psychosociale par le questionnaire 360°

Outil de développement personnel évaluant la perception du sujet par différentes sources (pairs, direction, subordonnés, soi-même). Il sert à : favoriser la conscience de sa perception, repérer des manques pour formation, faire évoluer la culture participative et développer le travail d'équipe. Il est particulièrement adapté au développement managérial (Matuchet et al., 2005).