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LES INTERACTIONS SOCIALES

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Résumé

LES INTERACTIONS SOCIALES (Pr. V. Saint-Dizier de Almeida, Université de Lorraine)

La psychologie sociale étudie les interactions. Dès les années 30, Mead conceptualise l'Homme comme "être social" internalisant les normes par les échanges langagiers. Les années 40-60 voient Lewin centrer ses travaux sur l'interdépendance, puis les études se focalisent sur l'impact des réseaux (années 60) et des interactions sur l'apprentissage (Vygotski, Gilly, Roux, Perret-Clermont, Mugny...). Bales (1950) catégorise les fonctions langagières en situation de résolution de tâche collective, un vide comblé par Trognon dans les années 90. Comprendre les interactions sociales mène à une meilleure appréhension des processus communicationnels, mobilisant la philosophie du langage, les sciences du langage et l'ethnométhodologie linguistique.

QU'EST-CE QUE COMMUNIQUER?

Le Modèle du Code (Shannon & Weaver) définit communiquer par l'encodage et le décodage de messages.

Le Modèle ostentivo-inférentiel (Grice, Sperber & Wilson) stipule que communiquer vise à faire reconnaître une intention de sens. Si le contenu est identique, le sens varie selon le contexte logique : l'accès au sens repose sur le principe de pertinence, les inférences/implicatures et le savoir mutuel.

DE LA COMMUNICATION À L'INTERACTION

Référence à Austin (1970) distinguant trois niveaux d'actes :

  1. Locutoire : le fait de dire.
  2. Illocutoire : l'action effectuée en disant (E=F(p)E = F(p) selon Searle & Vanderveken).
  3. Perlocutoire : l'effet produit sur l'autre (niveau interactionnel).

LA THÉORIE DES ACTES DE LANGAGE (Searle et Vanderveken, 1988, 90)

L'acte de langage est formalisé par F(p)F(p). La Force illocutoire comprend :

  • But illocutoire : l'intention visée (ordre, assertif, etc.).
  • Mode d'accomplissement : la manière d'atteindre le but.
  • Conditions de contenu propositionnel : contraintes syntaxico-sémantiques et présuppositions.
  • Conditions préparatoires : états tenus pour vrais lors de l'acte.
  • Conditions de sincérité : états mentaux requis du locuteur.
  • Degré de puissance/force : intensité de l'acte.

Sont également considérées les conditions de réussite et de satisfaction. Trognon et Saint-Dizier (1999) ont ajouté la notion de DC à la taxonomie de Searle.

Dans les années 90, la psychologie de la communication évolue du monologisme (communicativité) au dialogisme/interactionnisme (communicabilité). Ceci s'appuie sur l'ethnométhodologie linguistique et la linguistique interactionniste (constructivisme), intégrant des notions comme la séquentialité et les pré-s (Levinson), couplées au formalisme des actes de langage.

LE MODÈLE DE L'ENCHAÎNEMENT CONVERSATIONNEL

Ce modèle (Trognon et Brassac, 1992) définit communiquer comme la co-construction du sens en trois temps d'intercompréhension :

  1. T1 L1 : tentative de communication d'un sens (adl 1).
  2. T2 L2 : interprétation traduite en acte (adl 2).
  3. T3 L1 : rectification de l'interprétation (adl 3).

La stabilisation du sens se produit a posteriori, car le locuteur ne sait qu'avec la suite de la conversation si l'allocutaire a saisi le sens voulu.

L'ARCHITECTURE

Inspirée de l'École de Genève (Roulet et al., 1985), la communication présente des composants articulés linéairement et hiérarchiquement, reflétant le processus interactionnel (notions d'intervention, échange, acte de langage).

Les fonctions illocutoires sont : initiative, réactive, réactive initiative. Les fonctions interactives sont directrices ou subordonnées. Les structures sont descendantes (formation) ou ascendantes (résolution de tâches créatives). Les structures ascendantes exploitent les énoncés antérieurs comme prémisses, vues dans la résolution de problèmes arithmétiques de groupe.

DIMENSION RELATIONNELLE DE LA COMMUNICATION

La dynamique interactionnelle dépend du cadre institutionnel (ex: boulangerie vs demande d'aide dans la rue), des statuts, de l'enjeu, du contrat de communication, du contexte situationnel (physique et cotexte), et de l'image revendiquée par les interactants.

Le Contrat de communication (Charaudeau, 1983 ; Vion, 1992) est un accord tacite définissant les droits, devoirs et le "faisable" dans la situation. Il est externe (implicite/explicite) ou coconstruit.

PARLER C'EST GÉRER UNE RELATION

L'École de Palo Alto (Watzlawick et al., années 70) postule que communiquer produit du contenu et gère une relation. Cela implique d'accomplir des rôles induits par le contrat (négociables, Flahaut, Linton), de gérer les "faces" (image de soi, Goffman) et les suites préférées (Levinson). La relation peut être verticale (rapports de place, dominant/dominé, taxèmes identifiés par Kerbrat-Orecchioni, 1988) ou horizontale (proximité/distance, Marcoccia, 2007). Les taxèmes horizontaux incluent les pronoms d'allocutions (tutoiement/vouvoiement) et les choix lexicaux qui définissent le style.

LES ÉMOTIONS

Les affects (émotion et sentiments) incluent les émotions basiques (peur, joie, colère, tristesse, dégoût, honte, surprise) et les plus complexes (confiance, culpabilité). Les humeurs sont des états diffus durables, les passions des sentiments intenses.

Les émotions se caractérisent par leur valence (positive/négative) et leur intensité. Elles préparent l'action, orientent la prise de décision, influencent la créativité et le rappel mnésique. Un état positif conduit généralement à des jugements, perceptions et coopérations plus positifs.

L'approche moderne montre que l'émotion et la cognition interagissent (Van Hoorebeke, 2008). Les travaux de Damasio (1994) confirment que les émotions modifient la prise de décision. Il est nécessaire d'étudier ces interactions dans des contextes écologiques complexes.

ABORDER LES ÉMOTIONS (Exemple : Vente à domicile, Saint-Dizier de Almeida, 2015)

L'objectif perlocutoire est de susciter des émotions positives. Des actions spécifiques génèrent des effets :

  • Humour     \implies Joie (base, valence +).
  • Regarder bienveillamment     \implies Sentiment de reconnaissance.
  • Rassurer     \implies Confiance.
  • Préciser le choix     \implies Sentiment de contrôle.