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CHAPITRE 1 - L'ATTENTION

4 générations
Résumé

UE 402 ECI - Psychologie Cognitive : Christophe CAUCHI

CHAPITRE 1 - L'ATTENTION

1. Introduction : Définitions et Historique de l'Attention

L'emploi du mot "attention" est polysémique ("Votre attention s'il vous plait !", "Fais attention !").

Définitions Clés :

  • CNRTL : Tension de l'esprit vers un objet, excluant les autres, cherchant sa compréhension.
  • Larousse : Augmentation de l'efficience cognitive (perceptive, intellectuelle, mnésique, etc.) par sélection et inhibition d'aspects.

Historique des Définitions :

  • William James (1842-1910) : Prise de possession claire et vive d'un objet parmi plusieurs possibles ; concentration essentielle, opposée à la confusion.
  • Théodule Ribot (1839-1916) : État intellectuel exclusif ou prédominant, avec adaptation. Il distingue l'attention spontanée (primitive) et l'attention volontaire (résultat de l'entraînement, précaire et entraînant la fatigue).
  • Wilhelm Wundt : La conscience n'embrasse qu'une seule pensée/représentation à la fois ; l'attention est synonyme de fonctionnement mental supérieur.
  • Henri Pieron (1881-1964) : Orientation mentale élective augmentant l'efficience avec inhibition des activités concurrentes. Il distingue l'attention concentrée (objet unique), distribuée (tâches simultanées) et papillonnante (incitations irrégulières).

Le concept reste complexe, mobilisant divers termes (focalisation, concentration, orientation mentale).

L'Attention et la Seconde Guerre Mondiale

L'étude de l'attention, en dormance, reprend avec la Seconde Guerre mondiale, notamment pour comprendre les performances des contrôleurs aériens face aux écrans radar. Ce regain d'intérêt s'inscrit dans l'émergence du courant cognitiviste.

Contributeurs majeurs : Cherry (Cocktail Party Effect, 1953), Broadbent (Filtre attentionnel, 1958), Treissman (Filtrage, 1962), Posner (Tâche visuelle, 1980), Cowan (Lien mémoire/attention, 2000), Lachaux (Exécutives, 2005).

CHAPITRE 2 – Les Rouages de l'Attention

L'attention présente plusieurs facettes : divisée, sélective, capture, centrale et automaticité.

1. L'Attention Divisée (Multitâche)

Elle concerne les processus mobilisés lors de l'exécution simultanée de plusieurs tâches. Deux propositions théoriques existent : ressource unique ou multiples ressources.

Modèle de Kahneman (Ressource Unique, 1973) :

  1. Ressource unique et limitée, flexiblement partageable.
  2. La demande varie selon la difficulté de la tâche.
  3. L'allocation est guidée par les priorités individuelles.
  4. Le besoin en attention d'une tâche n'implique pas tous ses traitements sous-jacents.
  5. La capacité disponible dépend du niveau d'éveil (arousal).

Modèle de Wickens (Multiples Ressources, 1984) : Les ressources attentionnelles sont multiples et catégorisées selon quatre dimensions : type de traitement, étape de traitement (encodage, central, réponse), modalité (visuelle, auditive, spatiale) et codes (verbal). Si des tâches sollicitent les mêmes ressources (ex: T1: comptage verbal visuel; T2: réponse manuelle audible), elles s'interfèrent mutuellement ; sinon, elles n'interfèrent pas.

Conclusion sur l'Attention Divisée : La recherche n'a pas tranché définitivement entre les modèles de Kahneman et Wickens.

  • Arguments Ressource Unique : Conduite + discussion légère possible, mais conduite + résolution de problème impossible (priorité à la conduite). Spelke et al. (1976) ont montré qu'avec entraînement (lecture + dictée), la double tâche égalait la simple tâche.
  • Arguments Multiples Ressources : Treisman et Davies (1973) observent plus de difficulté si deux flux d'informations partagent la même modalité (ex: visuel/visuel) que s'ils sont dans des modalités distinctes.

2. L'Attention Sélective

Elle permet de privilégier les informations pertinentes et d'inhiber les autres. Deux théories principales : filtrage précoce (Broadbent, 1958 ; Treisman, 1964) ou filtrage tardif (Deutsch & Deutsch, 1963). Elle s'illustre par l'Effet Cocktail Party et l'Effet Stroop.

Effet Cocktail Party (Cherry, 1953) : Illustre le filtrage attentionnel (inhibition des sons environnants) mais aussi la capture involontaire par des stimuli saillants (nom propre).

Effet Stroop (1953) : Teste l'inhibition. La dénomination de l'encre est ralentie significativement (110s vs 63s) dans la condition incongruente (mot "ROUGE" écrit en bleu) par rapport à la lecture (43s vs 41s).

  • Explications : Soit le coût de l'inhibition du traitement automatique de lecture, soit le temps nécessaire pour lire le mot avant de dénoter la couleur.

Propositions Théoriques du Filtre :

  • Filtre Précoce (Broadbent) : Filtre passe/bloque après détection, empêchant le traitement profond de l'information non sélectionnée. Non pertinent pour expliquer l'effet Cocktail Party.
  • Filtre Atténuateur (Treisman) : Le signal non pertinent est atténué avant le traitement profond, expliquant mieux la détection d'informations importantes (nom propre).
  • Filtre Tardif (Deutsch & Deutsch) : Tout est traité en profondeur, le filtre opère au niveau de la réponse. Explique l'effet Stroop.

Conclusion : Si le filtre tardif et atténuateur ont été envisagés, les travaux (Lachter et al., 2004) ont contredit le traitement en profondeur des informations ignorées, revalidant finalement le modèle du filtre précoce bien que les processus précis restent difficiles à tester.

3. La Capture Attentionnelle

Désigne l'attraction inattendue de l'attention, que le stimulus soit pertinent ou non. On distingue la capture explicite (CE) et involontaire (CI).

Capture Attentionnelle Explicite (CAE) : S'explique par la cécité au changement (CC) (O'Regan, 1999 ; Levy & Simons, 1997) et la cécité d'inattention (CI) (Simons & Chabris, 1999).

  • CC : Les changements dans des zones d'intérêt faible ne sont pas perçus, surtout si masqués par des signaux transitoires (écrans vierges, éclaboussures). Les représentations mentales sont appauvries. L'étude de la porte (Simons) montre que si les détails majeurs (âge, genre) sont conservés, les changements subtils (vêtements) passent inaperçus.
  • CI : Incapacité à percevoir un stimulus visible car l'attention est focalisée sur une autre tâche (ex : 50% des sujets ne voient pas le gorille).

Différence clé : CI : l'élément ignoré est au centre de l'attention potentielle. CC : l'élément ignoré est hors du foyer attentif, résultant d'une représentation mémorisée incomplète.

Capture Attentionnelle Involontaire (CAI) : Elle résulte de la recherche visuelle. Elle est expliquée par des influences ascendantes (caractéristiques du stimulus, recherche parallèle avec fenêtre large, ex: singleton saillant) ou descendantes (guidée par les attentes/buts du sujet, recherche sérielle avec fenêtre étroite). Le modèle Zoom de Theeuwes (1994) suggère que le contrôle attentionnel module la taille de la fenêtre (zoom), influençant la sensibilité aux distractions. Les ASCENDANTES semblent prédominer, mais les DESCENDANTES jouent également un rôle.

4. L'Attention Centrale

Elle concerne les processus de prise de décision et de sélection de réponse. Paulhan (1887) notait que la simultanéité de deux tâches allonge le temps d'exécution. L'entraînement (Spelke et al., 1976) permet d'améliorer ce multitasking.

Protocole de la Période Réfractaire Psychologique (PRP) : Inspirée de la physiologie, elle mesure le temps de réaction (TR) à deux tâches effectuées simultanément avec un intervalle variable (SoA).

  • Tâche 1 (Auditif/Vocal) et Tâche 2 (Visuel/Manuelle).
  • Effet PRP : Le TR de la Tâche 2 augmente fortement lorsque le SoA est court (proche de 0 ms), confirmant que le traitement des deux tâches n'est pas instantanément parallèle.

Modèles Explicatifs :

  • Goulet d'Étranglement Central (Pashler, 1994) : L'attention centrale ne peut traiter qu'une tâche à la fois, la seconde est mise en attente de manière sérielle.
  • Contrôle Exécutif Adaptatif (Meyer & Kieras, 1997) : L'interférence est stratégique et peut être surmontée par la pratique (Schumacher et al., 2001).

Malgré des possibilités d'adaptation, la majorité des études suggèrent un fonctionnement sériel du partage de l'attention centrale.

5. L'Automaticité

L'automaticité décrit la transformation de processus conscients et contrôlés en processus automatiques via la pratique (James, 1890 ; Schneider & Shiffrin, 1977).

Traitements Automatiques :

  • Résultat de la pratique.
  • N'utilisent pas l'attention ni la mémoire à court terme (ex : lecture fluide, conduite).

Traitements Non-Automatiques (Conscients) :

  • Mobilisent l'attention disponible et dépendent de la MT.
  • Deux traitements non-automatiques s'exécutent séquentiellement (l'un après l'autre).

Modèle de Logan (1988) : L'automaticité résulte d'une récupération rapide d'une trace épisodique (encodage, stockage, récupération).

Besoin en Attention : Schneider et al. (1984) affirment qu'aucune tâche n'est 100% automatique. Ruthruff et al. (2006) confirment que même les tâches pratiquées requièrent un minimum d'attention pour être exécutées.

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